jeudi 2 septembre 2010

Pour qui sonne Dagong ? (Publié dans l'Express N° 3089)

Standard & Poors, Moody’s et Fitch, les trois agences qui trustent le marché mondial de la notation, ont sans doute du souci à se faire. Déjà vilipendé pour sa responsabilité pendant la crise, le trio historique est directement visé par la réforme de la régulation financière, votée le 15 juillet aux Etats-Unis, qui prévoit une régulation accrue de leurs activités. Saura-t-il s’adapter à l’arrivée d’un nouveau venu ?

Le petit dernier de la bande s’est fait connaître au creux de l’été. Le 11 juillet dernier, et pour la première fois de l’histoire, une agence non-occidentale, l’entreprise Chinoise Dagong Global Credit Rating Co.,LTD rendait public un rapport de notation sur les crédits souverains de 50 pays. Bien que la nouvelle n’ai pas fait grand bruit, le classement réserve bien des surprises: sur les 50 pays, 27 d’entre eux ont récolté des notes différentes de la moyenne des 3. Les écarts sont particulièrement significatifs entre les pays industrialisés et les pays émergents : les notes de l’Inde, du Brésil, et bien sûr, de la Chine (qui écope d’un AA+) ont été augmentées. Dans le même temps, Dagong réajustait à la baisse les pays industrialisés traditionnels, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

Fondée en 1994, Dagong s’est lancée dans la notation de crédit souverain en 2005, et compte aujourd’hui plus de 500 employés sur le territoire Chinois.
En matière de notation d’entreprise, l’agence s’appuie sur une expertise forte de son marché intérieur, et sur une popularité grandissante dans la région. Pour Norbert Gaillard, « le potentiel y est énorme, notamment en Corée du Sud, aux Philippines ou au Viet Nam ». Elle pourrait donc bien marcher sur les plates bandes de ses concurrents. En se lançant à l’international, Dagong veut aujourd’hui offrir une alternative supplémentaire aux marchés : une ambition louable. Sur le terrain, elle devra toutefois s’armer de patience, car elle ne possède toujours pas de bureau hors de ses frontières. Pour Norbert Gaillard, docteur en économie et auteur du livre « Les agences de notation », « La clé du succès repose avant tout sur la réputation et la confiance des investisseurs ». Les agences traditionnelles, qui ont commencé à exercer il y a près d’un siècle (Standard & Poors à débuté ses activité en 1860), ont une avance confortable…

Dagong aurait donc intérêt à se spécialiser dans les valeurs montantes. Face à la multitude des investisseurs, elle doit « trouver des niches, ou se spécialiser géographiquement », comme le confie M. Gaillard, pour qui l’entreprise pourrait bien devenir « l’agence des pays émergents ».

En avril, le président Hu Jintao déplorait le manque de "standards objectifs, équitables et raisonnables" dans la notation des dettes souveraines. Dans la foulée, Guan Zianhong, profitait de la publication du classement pour dénoncer les méthodes des agences traditionnelles, considérées comme trop « affectées par l’idéologie ». Cette question de l’indépendance et de la transparence est cruciale. En effet, et même si , « sur le plan légal, Dagong est une entité privée indépendante des autorités chinoises » comme le rappelle David Boitout, avocat associé chez Gide Loyrette à Shangaï, les critiques de Guan Zianhong pourraient aisément être retournées contre lui, tant l’influence des autorités chinoises sur l’économie reste forte (en témoigne l’implantation du siège de Dagong à Pékin plutôt qu’à Shanghai, la capitale économique).

Cela étant, Pour Haiyuan Wang, professeur en stratégie à l’Insead, « l’émergence d’une agence de notation venant de Chine est un développement naturel ». Quelques semaines après la publication du rapport, la Chine devenait officiellement la deuxième économie mondiale, derrière les Etats-Unis et devant le Japon. Hasard du calendrier ? Peu envisageable, mais la légitimité d’une agence non occidentale, Chinoise de surcroît, n’est plus à prouver.

Dagong sera t’elle un jour le nouveau champion de la notation ? Selon Haiyan Wang, « C’est possible, mais peu probable dans les 5 ans à venir. Cela prendra du temps pour que Dagong se construise une crédibilité et les capacités nécessaires ». En attendant, les agences anglo-saxonnes sont prévenues.



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